BD, Tome V, Le monastère de l’ordre de Saint-Etienne de Grandmont à Bussy. – Communication de M. Vincent Durand., page 194 à 216, La Diana, 1890.
Le monastère de l’ordre de Saint-Etienne de Grandmont à Bussy. – Communication de M. Vincent Durand.
M. Vincent Durand fait la communication suivante :
Je viens entretenir la Société d’un monastère forézien, presque ignoré, appartenant à une famille religieuse elle-même assez peu connue ; je veux parler du couvent de l’ordre de Grandmont qui existait jadis à Bussy.
La Mure, dans sa Topographie historiale des paroisses du Forez, dont les matériaux font partie des trois volumes in-folio de mélanges manuscrits conservés sous le no 35 à la bibliothèque de Montbrison, dit à l’article de Bussy : « Prieuré, paroisse et ancien château. Là est un couvent de religieux de l’ordre « de Grandmont » (1). Et ailleurs : « Il s’est fait en ce lieu, depuis quelques années, la noble fondation d’un monastère de religieux de l’ordre austère de « Grandmont » (2).
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(1) Tome II, fol. 60 v°
(2) Ibid., fol. 40
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Enfin, dans un troisième passage, il répète, presque dans les mêmes termes : « Il s’est fait en ce lieu, depuis quelques années, la mémorable fondation d’un monastère de religieux de l’ordre austère de Grandmont ». (1)
Rien donc n’est plus certain que l’existence à Bussy, du temps de la Mure, d’un monastère d’hommes soumis à la règle de saint Etienne de Thiers (2). Cependant cette maison a laissé si peu de souvenirs, que la plupart de ceux qui ont écrit sur le Forez l’ont passée sous silence. Ogier paraît l’avoir connue, mais plutôt, ce semble, par une vague tradition que par des documents authentiques. Voici comment il en parle dans sa Loire par cantons :
« Bussy a possédé, pendant environ 200 ans, un prieuré de religieux de l’ordre des Augustins de Grandmont, ainsi appelé du nom du fondateur, Etienne de Grandmont, descendant de l’ancienne maison de Chiers (sic). Ce seigneur de Bussy vivait avant l’année 1200. Ce prieuré fut établi vers l’année 1600; il a été, avant la Révolution, réuni au doyenné de Téclan (sic) qui dépendait de Savigny. Dans les derniers temps, il était soumis au prieuré de Pommiers, et ils étaient tous deux régis par le même prieur. » (3).
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(1) Ibid., fol. 118
(2) Saint Etienne, né à Thiers, vers 1024, d’autre Etienne, vicomte de cette ville, abandonna à Guillaume son frère ses droits à la seigneurie de Thiers et fonda, dans les bois de Muret en Limousin, un ordre religieux dont la règle fut imitée de celle des ermites de Calabre, qu’il avait visités dans sa jeunesse. Le nouvel ordre fut approuvé en 1076 par saint Grégoire VII. Etienne mourut en 1124 et fut inscrit au catalogue des bienheureux par Clément III, en 1189. Après sa mort, le chef-lieu de l’ordre fut transféré de Muret à Grandmont.
(3) La France par cantons et par communes. Loire. Arrondissement de Montbrison, p. 334.
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Il est difficile d’accumuler plus de méprises en quelques lignes. Le prieuré de Bussy, bien distinct du couvent de l’ordre de Grandmont établi dans le même lieu, relevait de l’abbaye de Savigny en Lyonnais et ses origines semblent remonter au XIe siècle (1). I1 fut à la vérité réuni dans la suite des temps au prieuré de Teylan, mais, à l’extinction de l’abbaye de Savigny, en 1780, il entra dans la part des biens de cette abbaye dévolue au chapitre noble des chanoinesses de Leignieu et n’eut certainement jamais aucun lien hiérarchique avec le prieuré de Pommiers.
M. le docteur Rimaud, dans ses Nouvelles excursions foréziennes, a répété, en les aggravant, les erreurs d’Ogier : « Il existait, dit-il, à Bussy, un prieuré de l’ordre des Grandmontains, et nous voyons que le prieur s’engage à célébrer l’anniversaire de feu Guy, comte de Forez, décédé en voyage d’Outre-Mer, en reconnaissance de deux sols forts légués par ledit comte à son monastère (Les Francs-fiefs de Forez) (2)….
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(1) Cartulaire de Savigny, charte 731, 10 avril 1046.
(2) Il s’agit du comte Guy III, mort à Acre en 1202, au cours de la quatrième croisade. La charte alléguée par M. Rimaud porte la date d’avril 1248, (Arch. nat., P. 13971, cote 496) et a été publiée par M. le comte de Charpin-Feugerolles sous le no 39 de son Appendice au Cartulaire des Francs-fiefs. J’ai indiqué dans la table de cet ouvrage, p. 274, les raisons qui me portent à croire, à la suite de MM. Chaverondier et Huillard-Bréholles, que le prieuré de Boyse mentionné par cet acte est celui de Saint-Martin de Boisy en Roannais, et non celui de Bussy.
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Le prieuré de Bussy, qui était de l’ordre des Augustins de Grandmont, fut réuni vers le milieu du XVIIIe siècle au prieuré de Pommiers ; le même abbé en avait la direction : dom Fortunat Deloches était titulaire « en 1788 » (1).
Cependant, bien loin d’avoir persisté jusqu’à la fin ou même jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le monastère des Grandmontains avait disparu avant l’an 1700. En effet, il n’en est pas question dans le mémoire sur la paroisse de Bussy rédigé par le curé en 1697 et faisant partie de la vaste enquête instituée à cette époque par l’intendant d’Herbigny, enquête dont les pièces sont aujourd’hui conservées aux archives du Rhône.
Le savant historien de la destruction de l’ordre et de l’abbaye de Grandmont, M. Louis Guibert, a rencontré si peu de traces de la maison de Bussy, que non seulement il n’a su où la placer, mais qu’il a été amené à douter même de son existence. Voici le passage : « Bussy. – Un inventaire classé sous le n° 1672 des archives de la Haute-Vienne fait mention d’un monastère de ce nom : « Une liasse de plusieurs pièces qui sont les lettres de l’établissement de la maison de Thiers en Auvergne et de celle de Bussy…. Comme nous n’avons vu ce couvent nommé dans aucune autre pièce et que beaucoup de copies des archives de l’abbaye défigurent les noms de la façon la plus bizarre, nous pensons qu’il y a ici une erreur. Peut-être s’agit-il de Bercey ? » (2)
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(1) Nouvelles excursions foréziennes, pp. 24 et 25.
(2) Louis Guibert. Destruction de l’ordre et de l’abbaye de Grandmont. Appendice, dans le Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, t. XXV, 1877, p. 235.
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J’ai recherché vainement à Bussy même, en 1888, l’emplacement du monastère des Grandmontains. Une personne âgée me dit seulement qu’il avait existé un couvent de chanoinesses dans une maison qu’elle m’indiqua au nord de la place publique, sur la route de Boën à Saint-Germain. Je visitai cette maison, qui attire l’attention du voyageur par sa tourelle d’escalier et ses galeries en charpente superposées d’une manière très pittoresque. Je ne sus y voir qu’une habitation privée, bâtie à une époque voisine de l’an 1600, restaurée intérieurement à la fin du XVIIIe siècle, et dont l’aspect et la distribution n’ont rien de monastique. Une autre raison me détournait de croire que là eût pu exister le couvent cité par la Mure: un titre authentique, faisant partie des archives de la sacristie et daté du 17 mars 1658, c’est à dire à peu près de l’époque où écrivait notre historien, établit en effet que cette maison et l’enclos dans lequel elle est située appartenaient alors à Gilbert Arnaud, premier élu en l’élection de Thiers et contrôleur au grenier à sel de Feurs (1).
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(1) Cet acte, contenant fondation d’une chapelle dans l’église de Bussy, est assez intéressant et a d’ailleurs, comme on le verra plus loin, des rapports assez étroits avec notre sujet, pour qu’il me semble utile de le reproduire in extenso:
« Cejourd’huy dimanche dix septième jour du mois de mars mil six cents cinquante huict, au devant la grande et principalle porte de l’eglise parroissiale de Bussy, yssue de grande messe, le peuple y estant assemblé ensuitte de la publication et convocation faitte par deux divers jours de dimanches consécutives, et comparans pardevant le notaire royal soubzsigné et presents les tesmoingts bas nommés,
« A esté dit et remonstré par messire Antoine Monginot, prestre, curé de ladite paroisse, messire Jean Pasturaud, prestre societtaire, et Jean Crolly-Montievant, marguillier de la fabrique de la mesme esglise, qu’en faisant le choeur de ladite eglise, on auroit eu dessein de l’augmenter d’une chappelle ; à cet effet on auroit laissé une arcade du costé de bize : laquelle chappelle est beaucoup à desirer et seroit bien necessaire, soit pour la decoration dudit choeur, soit a pour la commoditté des parroissiens ; si bien qu’il y eschoit de rechercher les moyens de la faire bastir et de voir s’il se peut faire un fond pour la depence qu’il conviendra faire, laquelle ne peut estre que grande, mesme en ce temps present que touttes choses sont augmentées. Et, en cas d’impuissance par les habitants, il faudroit, affin qu’un si bon dessein ne fust plus renvoyé ny retardé, supplier noble Gilbert Arnaud, conseiller du Roy, assesseur et premier esleu en l’eslection de Thiers et controleur au grenier à sel de Feurs, qui reside à present en cedit lieu, où il a la plus grande partie de ses biens, de vouloir faire, pour la batisse et dotation de ladite chappelle, à l’exemple de ses predecesseurs, lesquels ont fait de si belles et amples fondations, sçavoir entre autres, l’entretien d’une lampe ardente devant le Saint-Sacrement, d’une messe tous les lundis de chacune semaine, des litanies de la Sacrée-Vierge tous les sammedis, d’un Stabat tous les jours de dimanche.
« Sur ce, l’affaire mise en desliberation, où estoient Me Estienne Arnaud, marchand, Jean Roux, Louis Michodon, Jean Vallansan, mareschal, Claude Roland, blanchisseur, Estienne de Prest, Estienne Bergier, Jean Gomon, tixier de toille, Pierre Cheminal, Pierre Coignard, Claude Magny de Crolly, Claude Roland l’aisné, Jean Michodon, Antoine Chirat, Estienne Belin, Jean Belin, Claude Portallier, Antoine Cheminal, Jean Grenier. Antoine Tixier, Benoist Grenier, Claude Vial, Jean Chastud, Pierre Serizier, Antoine Vial, Jean Pastural et Jean Sarra, tous habitans de ladite paroisse de Bussy et Albieu et faisant la plus grande et saine partie d’iceux, apprès avoir conferé entre eux et ensuitte avec ledit sieur Arnaud, assesseur, pour ce prié et requis de venir en l’assemblée, ont lesdits sieurs curé, prestre societtaire, fabricien et habitants dudit Bussy fait et arresté avec ledit sieur Arnaud ce qui s’ensuit.
« C’est à sçavoir que lesdits sieur curé, prestre, fabricien et habitants, considerant l’impuissance de faire bastir et construire la chapelle sus designée, à cause des grandes dettes contractées les années dernières par la cherté des grains et des impositions continuelles et extraordinaires sur eux faittes, qui vont toujours en augmentant ; considerant d’ailleurs le meritte, qualitté et condition dudit sieur Arnaud, assesseur, et celles de ses predecesseurs lesquels, pendant un siècle entier, ont possedés les premières charges de justice en la parroisse, et que la chapelle au lieu sus designé ne sçauroit qu’aggrandir et embelir de beaucoup le choeur et l’eglise, ont iceux curé, prestre, fabricien et habitants sus-nommés, accordés et consenty, comme par les presentes ils accordent et consentent, que ledit sieur Arnaud fasse construire et decorer à ses frais et despents ladite chapelle vis-à-vis le choeur de ladite eglise, du costé de bize, marquée d’une arcade, sous le vocable neantmoins, s’il luy plaint, de Nostre-Dame de Mont-Carmel, pour luy demeurer ladite chapelle propre et à ses successeurs, avec droit de bant, sepulture, de litre au dedans et dehors, et generallement tous droits honorifiques accoustumés jouir en semblable fait, en quoy qu’ils puissent consister. Ce que ledit sieur Arnaud, assesseur, a accepté et promis, comme par ces presentes il promet, faire construire et ediffier à ses frais et despents laditte chapelle au lieu designé cy dessus, sçavoir à costé du choeur, au droit de bize et suivant l’arcade qui doit servir de modelle.
« Promet outre ce ledit sieur Arnaud d’entretenir, tout ainsy que seront tenus faire ses heritiers et successeurs, ladite chapelle en bon estat et de fournir les habits sacerdotaux et ornements necessaires à l’autel qu’il y pourra faire elever.
« Laquelle chapelle ledit sieur Arnaud, meu de pieté et de devotion, a dotté et dotte par ces presentes de la somme de deux cents quinze livres tournois, laquelle il assigne, a affecte et ypothèque sur tous et un chacun ses biens generallement quelconques, mesme et par exprès sur sa maison, jardin et clos de vigne situé au bourg dudit Bussy, joignant le grand chemin dudit Bussy à Feurs de midi, la cour et bastiment du domaine du sieur Paparin de Chateau Gaillard, appellé chez Charbonnières, de mattin, le chenevier dudit sieur Arnaud et vigne dudit domaine de bize, et le chemin tendant des Granges de Perey à Montbrison de soir, saufz ses autres confins, soubs la rente annuelle de douze livres, payable à chaque jour et feste de Saint-Martin d’hivert aux sieurs curé, prestre et deserviteur de ladite eglise, le premier payement commençant le jour et feste de Saint-Martin d’hivert apprès que ladite chapelle aura esté construitte, pour le temps qui aura esté deservy ; ladite rente neantmoins racheptable en payant laditte somme principalle de deux cents quinze livres tournois ou l’assignant sur autres fonds particuliers : à la charge que lesdits sieurs curé, prestre et deserviteurs de ladite eglise et leurs successeurs seront tenus dire et celebrer tous les jeudi de chacune semaine une messe à l’honneur du Saint Sacrement.
« Et pour l’observation des presentes ont lesdites parties obligés tous et un chacun leurs biens, qu’ils ont soubmis à touttes cours ; renoncés à tous droitz contraires et clauses necessaires. Fait et passé les an, jour, lieu et heure que dessus, en presence d’Antoine Plasses, marchand tasneur de la ville de Boën, qui a signé avec lesdits sieurs Monginot, curé, Pasturaud, societtaire, et Arnaud, et Sebastien Busseri, laboureur de Verrières, et Benoist Porteron, laboureur de Nolhieu, qui ont declarés, avec les susnommés habitants, ne sçavoir signer, de ce enquis. Signé à la minute, MONGINOT, ARNAUD, PASTURAUD, E. ARNAUD, PLASSES et MIVIÈRE, notaire royal. »
(Expédition en forme datée du 25 octobre 1696 et signée MIVIÈRE notaire royal.)
La chapelle des Arnaud, qui mesurait environ 4m 20 sur 4m 00, occupait, l’emplacement de la troisième des cinq travées du collatéral droit de l’église actuelle.
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Je crus donc à une fausse attribution, le couvent imaginaire de chanoinesses, me paraissant d’ailleurs un souvenir altéré du prieuré bénédictin de Bussy, uni dans les derniers temps, comme je l’ai rappelé, au chapitre de Leignieu.
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Ma conclusion était inexacte et la maison indiquée, en dépit de son aspect tout profane, était bien celle qui avait jadis abrité les pieux disciples de saint Etienne. Le fait vient d’être mis hors de doute par l’acte de fondation du couvent, en date du 27 octobre 1663, qui a été découvert par M. l’abbé David, curé de Bussy, dans un tas de vieux papiers abandonnés dans cette même maison. Le fondateur est précisément ce Gilbert Arnaud à qui celle-ci appartenait en 1658. Quelques détails sur ce personnage ne seront pas inutiles pour l’intelligence du curieux document que M. l’abbé David a bien voulu me charger de vous communiquer.
Gilbert Arnaud, sieur des Thevenets (1) et de SaintLance (2), était fils d’Etienne Arnaud, notaire royal, procureur d’office de Bussy, contrôleur au grenier à sel de Feurs, et de Germaine Chaize. Il y a des raisons de présumer qu’il tenait de sa mère la maison qu’il donna plus tard à l’ordre de Grandmont. Pourvu de l’office de contrôleur du grenier à sel de Feurs le 24 avril 1633, il épousa, (contrat du 20 janvier 1635) Claudine Gaulne, fille d’Antoine, bourgeois de Sairit-Just-en-Chevalet, et de Germaine Pierrefort. Nommé assesseur premier élu en l’élection de Thiers, de la création de 1639, il se défit de cette charge vers 1651, en faveur de Jérôme Périer. I1 fut aussi juge de Bussy, lieutenant criminel en la châtellenie de Feurs, et, finalement, pourvu, le 17 novembre 1669, de l’office de capitaine-châtelain, juge civil et criminel, enquêteur et commissaire-examinateur de la ville, châtellenie et prévôté de Saint-Germain-Laval, vacant par la démission de Jacques de la Chaise d’Aix (3).
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(1) Les Thevenets, commune de Sainte-Foy-Saint-Sulpice.
(2) Nous ignorons où est situé ce lieu qui doit être étranger au département de la Loire. Serait-ce Sillanges, commune d’Augerolles (Puy-de-Dôme) ?
(3) Il fit don lui-même de ce dernier office, le 21 février 1681, à Germaine-Marie sa fille, femme d’Abraham de la Forge, châtelain de Virignieu, pour en faire pourvoir celui-ci (Archives de la Loire. B. 1150) : mais cette donation ne paraît pas avoir été suivie d’effet, car, d’une part, Gilbert Arnaud est qualifié de juge-châtelain de Saint-Germain dans son acte de sépulture en 1683 et, de l’autre, le titre de châtelain de Virignieu continue d’être attribué à Abraham de la Forge dans un acte du 6 janvier 1698.
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J’ai retrouvé, dans le logis qu’il possédait à Bussy, un vieux portrait de forme ovale qui est très vraisemblablement le sien. Il représente un homme d’âge mûr, la tête couverte de l’immense perruque blonde portée par les contemporains du grand roi, vêtu d’un justaucorps et le cou entouré d’une riche cravate de dentelles. La figure, pleine et colorée, manque un peu de distinction, mais respire la fermeté et l’énergie; le bas du visage a une expression marquée de recueillement, je dirais presque d’ascétisme. La peinture, qui a légèrement souffert, est d’une bonne main. Une seconde toile faisant pendant à celle-ci, mais beaucoup plus gravement endommagée, reproduit les traits d’une femme, sans doute Claudine Gaulne.
Gilbert Arnaud exerçait encore ses fonctions d’assesseur premier élu à Thiers, lorsque fut établi dans cette ville un monastère de l’ordre de Grandmont. La règle de cet ordre, d’une austérité extrême, avait été notablement mitigée dans la suite des temps. Comme l’abbé de Rancé devait le faire quelques années plus tard pour l’ordre de Cîteaux, Charles Frémon entreprit, vers le milieu du XVIIe siècle, de rétablir l’étroite observance dans celui de Grandmont. Ce fut lui qui fonda la maison de Thiers. Le réformateur, dit M. Louis Guibert, avait conçu le projet de créer, dans la patrie même de saint Etienne, un couvent soumis à sa règle et rappelant, avec l’esprit du solitaire de Muret, son détachement, ses austérités et ses vertus. Il s’assura le concours de quelques pieux habitants de Thiers ; toute la population de la ville s’associa avec enthousiasme à cette idée d’un des plus dignes fils de l’instituteur des Bons-Hommes et, le 27 mars 1650, fut béni le nouveau monastère, qui devint, du vivant même de Frémon, la maison la plus importante de l’étroite observance. Le noviciat y fut installé et y demeura jusqn’à la fin…. Le réformateur fut enterré dans l’église du monastère. Ses disciples ne s’écartèrent pas de ses préceptes et, pendant plus d’un siècle, édifièrent la population de cette partie de l’Auvergne » (1).
Tel fut, sans nul doute, le point de départ de la fondation du monastère de Bussy. Témoin de la sainte vie du supérieur de la nouvelle maison et de ses compagnons, Gilbert Arnaud songea à créer un établissement semblable dans son pays natal et, le 27 octobre 1663, il satisfit ce pieux désir par la donation suivante (2) :
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(1) Ouvrage cité, p. 195
(2) J’ai fait de vaines tentatives pour retrouver l’original de cette donation. Le notaire recevant Radisson n’est autre probablement que Jean Radisson, notaire royal de Pouilly et mari d’Anne Arnaud, dont un fils, Benoît, fut inhumé à Bussy en 1679 et une fille, Marie, épousa, toujours à Bussy, en 1693, Dimanche Michel, marchand drapier de Saint-Germain-Laval (Registres paroissiaux). Des minutes signées Radisson sont conservées en l’étude de M. Lapra, notaire à Feurs, et, à ma prière, M. le comte de Poncins a bien voulu les compulser . mais les plus anciennes ne remontent pas au delà de l’année 1667. Je n’ai pas été plus heureux pour le protocole Mivière, dont le sort m’est inconnu. La pièce découverte par M. le curé de Bussy est donc fort précieuse ; mais c’est une copie de copie faite avec assez peu de soin. J’ai rétabli quelques mots omis ou altérés, en rejetant en note les passages sur lesquels portent ces corrections, et dans l’impossibilité de restituer avec certitude l’orthographe du texte primitif, j’ai adopté partout l’orthographe moderne.
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Nous Emmanuel de Lascaris d’Urfé, marquis de Bagé, et pour sa majesté bailli de Forez, savoir faisons que, pardevant le notaire royal juré au bailliage et sénéchaussée de ladite province de Forez, soussigné, et présents les témoins après nommés, fut présent en personne noble Gilbert Arnaud, sieur de Saint-Lance, ci-devant conseiller du Roi, assesseur civil et criminel et premier élu en l’élection de Thiers en Auvergne, supprimée à présent (3),
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(3) L’élection de Thiers fut en effet supprimée en 1662.
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aussi conseiller du Roi au grenier à sel de la ville de Feurs et lieutenant criminel en la châtellenie d’icelle, dans ladite province de Forez, lequel de son gré et pure volonté, mû de piété et dévotion, pour l’honneur et gloire de Dieu, le salut de son âme et le repos et bien de celles de ces prédécesseurs [et] de ses descendants, à ces causes et autres bonnes et justes considérations à ce le mouvant (1), a donné par ces présentes, donne par donation pure et simple et irrévocable, aux religieux de l’ordre de Grandmont établis en la ville de Thiers, le Révérend Père Charles Frémon, supérieur de ladite maison de Thiers, pour eux présent et acceptant et le notaire royal à leur profit recevant et stipulant, et ce assavoir sa maison qu’il a dans le bourg de Bussy, en ladite province de Forez, en la place appelée vulgairement le Treyvou, consistant en deux grands corps de logis, deux grandes basses-cours, un jardin, verger et plusieurs fonds de vigne, terres, et tout ce qui est contenu dedans, de fort grande et longue étendue et qui se borne et limite par le grand chemin qui tend (2.) de Montbrison à Roanne de soir, le domaine, pâquier et terre de noble (prénom en blanc) Paparin, sieur de Château-Gaillard, de matin, lesdites vigne, terres et maison des acquéreurs de défunt Pierre Poignan et héritiers Benoît Pavallon de bise (3).
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(1) La copie porte: A celle es couvant, mots inintelligibles que le contexte permet de corriger en toute sûreté.
(2) Copie : Qui tendant
(3) Par la négligence du notaire ou du copiste, le confin méridional, à savoir le chemin de Bussy à Feurs, n’est pas exprimé. Le grand chemin de Montbrison à Roanne est le même que celui appelé, dans l’acte du 17 mars 1658 reproduit plus haut en note, chemin des Granges de Perey à Montbrison. On l’appelait aussi Chemin Francais. V. Aug. Chaverondier, Appendice à l’inventaire des titres de Forez par Jacques Luillier, p. 550.
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– Item, la moitié d’un bois taillis situé au lieu de Vallières proche le bourg de Bussy, à prendre du côté de midi, joignant celui de dame Maurice Mivière, femme de maître Amable Auzède, notaire royal, de midi, la terre de M. Antoine Mivière, aussi notaire royal et procureur d’office dudit Bussy, de matin, (blanc d’un ou deux mots) dudit sieur Arnaud, donateur, de soir, l’autre moitié dudit bois de bise. Sauf du tout ses plus amples et meilleurs confins, avec leurs entrées, issues, arbres, fossés et clôtures et aisances, propriétés, appartenances et dépendances quelconques, sans y rien réserver, franc et quitte de toutes charges, hypothèques, assignats et autres généralement quelconques, à la réserve du simple cens et servis et dimes dus aux seigneurs directs et décimateurs, que ledit sieur Arnaud a déclaré n’être (1) néanmoins encourus ni arréragés jusques huy. Desquels maison, fonds, héritages et bois ci-dessus confinés et donnés ledit Révérend Père Charles et autres religieux dudit ordre pourront prendre libre, entière, réelle et actuelle possession et jouissance, quand bon leur semblera, en vertu des présentes.
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(1) Copie : A declaré iceux neangmoins
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Outre quoi, le sieur Arnaud et ses héritiers seront tenus fournir annuellement et perpétuellement auxdits religieux la quantité de douze chars gros bois, qui seront charriés par leurs grangers dans ladite maison, sans autres frais à eux que de la nourriture de ceux qui en feront la conduite.
Et pour subvenir à partie des frais de l’établissement des religieux dans ladite maison audit lieu de Bussy, pour le motif et la fin auxquels elle est donnée avec les autres fonds et héritages ci-dessus déclarés, [aider] à iceux religieux soi bâtir régulièrement, y avoir les ornements de l’église, meubles et autres choses nécessaires, ledit sieur Arnaud [a] promis leur fournir jusques à la somme de douze cents livres tournois, à mesure qu’on travaillera et lorsque ledit R. P. Charles voudra acheter lesdits ornements et meubles.
Comme aussi promet ledit sieur Arnaud de s’employer de tout son crédit et pouvoir envers lesdits seigneurs directs et décimateurs, pour obtenir d’eux l’affranchissement de cens et dîmes de ladite maison, fonds et héritages par lui donnés auxdits religieux. Et encore, de leur fournir la quantité de cent bichets de blé seigle, mesure dudit Bussy, et six poinçons de bon vin, chacune année des deux premières dudit établissement.
Et parce qu’il n’y a qu’une partie desdits fonds qui soit à présent clos[e] de murailles, ledit sieur Arnaud promet faire clore le tout à ses frais et dépens, de deux formées de pisé également, et les faire couvrir de tuiles creuses, le plus tôt que faire se pourra.
Toutes les choses ci-dessus ainsi données et promises par ledit sieur Arnaud aux dits religieux aux charges et conditions suivantes.
Assavoir, que dans ladite maison ils établiront (1) un couvent dudit ordre, composé du nombre de religieux suffisant pour y faire le divin service comme il se fait dans ladite ville de Thiers et autres maisons dudit ordre ;
Que ledit sieur Arnaud aura et prendra la qualité [de] dotateur et bienfaiteur de ladite maison, celle de fondateur n’étant pas admise et reçue (2) dans ledit ordre; et mettra [ledit] sieur Arnaud [ses armes (3)] au lieu le plus honorable et sur le portail de l’église, lequel il fera faire à ses dépens; même pourra, aussi à ses frais, faire construire (4) une chapelle avec ses armes dans ladite église ;
Que, pour plus grande facilité à l’établissement desdits religieux dans ledit lieu de Bussy et sûreté de leur subsistance par ledit pays, (5), ledit sieur Arnaud exercera dans ladite maison l’office et charge de syndic : ce faisant, jouira des privilèges, immunités (6), exceptions et franchises attribuées à la dite charge, ainsi que font (7) ceux des autres maisons dudit ordre: le (8) titre desquels privilèges ledit R. P. Charles promet remettre par extrait audit sieur Arnaud à sa réquisition, avec semblables lettres, [de] provision qui pour raison de ce (9) ont accoutumées d’être expédiées ;
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(1) Copie : Maison et établissement.
(2) Copie : Advise et venue
(3) Mots restitués pour combler une lacune évidente de la copie.
(4) Copie : Faire faire construire
(5) Copie : Par led. apert.
(6) Copie : Inmontiez a excceptions
(7) Copie : Que fait
(8) Copie : Led. titre.
(9) Copie : Que pour raison due.
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Que lesdits religieux prieront Dieu pour le repos de l’âme dudit sieur Arnaud et des siens et diront par exprès tous les jours pour cet effet et même intention l’office simple des Morts ainsi (1) et comme ils ont coutume de le dire en leur ordre pour tous les bienfaiteurs;
Que le sieur Arnaud, ses (2) héritiers et descendants à ladite hérédité (3) auront entrée dans tous les lieux de ladite maison, pourront manger au réfectoire commun, et auront chambre dans le dortoir d’icelle pour les retirer quand bon leur semblera, qu’il feront ameubler, et sans néanmoins altérer (4) ni troubler en aucune façon leur bon ordre et observation régulière;
Que ledit sieur Arnaud aura sa sépulture dans l’église ou vas (5) desdits religieux, au cas que sadite chapelle ne se trouve construite; et quant à (6) son enterrement, ils feront pour le repos de son âme le même service et office et prières qu’ils ont accoutumé de faire pour un d’eux;
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(1) Copie : Aussy.
(2) Copie : Son héritiers
(3) Sic dans la copie; mais on peut soupçonner l’omission d’un mot, par exemple, venant à ladite hérédité.
(4) Copie : Attirer
(5) Sic dans la copie. On est tenté de croire que l’original portait au vas. Nous n’osons faire cette correction, qui impliquerait que les religieux devaient avoir leur sépulture dans leur future église, chose peu probable
(6) Copie : Et quand de son enterrement
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Et que l’héritier dudit sieur Arnaud succèdera à ladite charge de syndic.
Le tout sous le bon plaisir du Révérendissime Père général dudit ordre, Dom Antoine de Chavaroche.
Et sous lesquelles conditions ci-dessus exprimées ledit sieur Arnaud s’est dévêtu et dévêt de ladite maison, jardin, vigne, bois, fonds et héritages sus déclarés et confinés, et en a invêtu et invêt lesdits religieux de Grandmont audit Thiers, avec lesdites clauses de dévestiture, investiture, constitution de nom de précaire propriété et possession, et autres clauses requises et nécessaires.
Car ainsi a été convenu et l’ont voulu lesdites parties, qui ont promis l’avoir à gré, observer et l’entretenir de point en point et n’y contrevenir à peine [de dépens, dommages et intérêts], par promesse, obligation, soumission, renonciation, et clauses requises et nécessaires.
Fait et passé double en la ville de Saint-Germain-Laval, au couvent des RR. PP. Recollets, le vingt-septième jour du mois d’octobre, après midi, mil six cent soixante-trois, en présence de maitre François Sollières, procureur en ladite ville de Thiers, et Nicolas Senoches, chirurgien dudit SaintGermain, témoins requis, qui ont signé avec les parties averties de faire insinuer dans le temps de l’ordonnance. Signé CHARLES FREMON, ARNAUD, SOLLIÈRES, SENOCHES, et moi notaire royal RADISSON.
Extrait pris à la minute de laquelle je suis saisi comme ayant été remise à défunt mon père, pour servir à damoiselle Françoise Arnaud, ce requérant. Huy, vingt septième juin mil six cent quatre-vingt-sept. Soit scellé, MIVIÈRE, notaire royal.
(Copie informe, papier).
M. L. Guibert a cru que le couvent de Thiers avait été le dernier établissement fondé par l’ordre de Grandmont (1). Celui de Bussy lui est encore postérieur en date.
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(1) Ouvrage cité, p. 194
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Le principal immeuble donné par Gilbert Arnaud a, comme il est facile de s’en assurer malgré quelques différences dans le libellé des confins, les mêmes limites en matin, midi et soir que les maison, jardin et vigne hypothéqués dans l’acte de fondation d’une chapelle en l’église de Bussy, du 17 mars 1658, avec plus d’extension peut-être au nord. C’est bien là que s’élève la maison à la tourelle où le titre a été retrouvé.
Par acte du 22 avril 1667, reçu Mivière, cité dans un acte plus récent, mais que je n’ai pas vu lui-même, Gilbert Arnaud hypothéqua spécialement son domaine des Payets, à Bussy, et une vigne sise au lieu de l’Aiguille, pour sûreté de la dotation du nouveau monastère.
Je ne saurais dire à quelle époque précise les religieux Grandmontains prirent possession de ce dernier ; il est probable que ce fut peu après l’acte de fondation ou du moins après celui du 22 avril 1667. On voit en 1670 Gilbert Arnaud exercer les fonctions de syndic de la communauté qui lui avaient été réservées ; le 25 juin de cette année, il transige en effet dans un procès avec Antoine Rotaignon, chirurgien de Boën, « tant en son nom que pour et au nom du corps des relligieux dudict monastaire, pour lesquels il se faict fort ».
Le 6 août 1680, pardevant Mathieu Pochin, notaire à Saint-Germain-Laval, Gilbert Arnaud, après avoir pourvu ses autres enfants, fit donation entre vifs de l’universalité de ses biens à Damien Arnaud son fils, avocat en Parlement. Par cet acte, il se réserve « son habitation dans la chambre de la maison qu’il a donnée aux PP. religieux de l’ordre de Grandmont, qui est scituée audict Bussy, garnie des meubles qui y sont : et sera mesme tenu ledict sieur donataire luy en fournir d’autres honnestement pour son usage et service, s’il en desire “. Il charge le donataire de payer toutes ses dettes « et de le faire inhumer et fournir à tous ses fraix funeraires et oeuvres pies, le tout honnorablement selon sa condition, eslizant ledict sieur donateur sa sepulture dans sa chappelle qu’il a faict faire au costé du coeur de l’esglise dud. Bussy, et ce pour son corps, et celle de son coeur dans l’esglise desdicts sieurs religieux qui est au bourg dudict Bussy et en tel endroict qu’il leur plairra ». Enfin, il ordonne que « où le donnataire viendroit à decedder sans avoir des enfans procréés en legitime mariage, les religieux et couvent de Grandmont qu’il a fondé au lieu de Bussy demeurent substituez, comme il les substitue, audict donnataire pour la moitié des biens cy dessus donnés ».(1)
Gilbert Arnaud mourut le 26 mai 1683 et fut enterré le jour suivant « en sa chappelle de l’église de Bussy » (2); conformément à ses intentions, son coeur fut sans doute déposé dans la chapelle des Grandmontains. L’acte de sépulture ne fait pas mention de l’intervention de ceux-ci à ses obsèques en l’église de Bussy et le défunt lui-même ne la prévoit pas dans l’acte du 6 août 1680, où il se contente d’ordonner qu’on convoque à son enterrement « les sieurs prebstres des parroisses où les sieurs curé et habitans de Bussy vont aux processions les jours des Rogations ». Il ne faut pas s’en étonner. Les Grandmontains réformés de Thiers, dont ceux de Bussy observaient la règle, « ne sortaient jamais de leur couvent que pour aller dans un autre du mesme ordre (3) ».
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(1) Expédition en forme au donateur. Au pied, mention de l’insinuation de l’acte le 17 août 1680. (Pièces communiquées par M. le curé de Bussy).
(2) Archives municipales de Bussy. Registres paroissiaux. Acte de sépulture signé Poncet, curé.
(3) Rapport de M. des Astiers à l’intendant de Clermont, cité par M. L. Guibert, op. laud., p. 195.
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Cette règle toutefois devait souffrir exception, quand un motif grave de charité appelait les religieux au dehors. C’est ainsi que le 23 septembre 1678, le R. P. Placide Mignot ondoie à domicile un nouveau-né en imminent danger de mort. Les 23 septembre et 17 décembre 1680, il supplée le curé de Bussy pour un baptême et un enterrement. Le 15 juillet 1686, le R. P. Antoine Guéritton ondoie à domicile un enfant en danger de mort (1). Passé cette date, je perds toutes traces des Grandmontains de Bussy. Comme je l’ai dit en commençant, le monastère n’existait probablement plus en 1697, époque où fut rédigé le rapport sur la paroisse destiné à l’intendant d’Herbigny. Une cote non datée, au dos d’une expédition du contrat de mariage de Gilbert Arnaud, indique que cette pièce a été produite judiciairement « pour Mre Jacques Arnaud, prestre, curé de Saint-Germain-l’Epinasse, et damoiselle Françoise Arnaud, demandeurs, contre les Reverends Pères de l’ordre de Saint-Estienne de Gramond de Bussy et les creanciers poursuivant criées sur les biens de feu Mre Gilbert Arnaud (2) ».
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(1) Arch. municipales de Bussy. Registres paroissiaux. – Les PP. Mignot et Guéritton sont les seuls religieux Grandmontains de Bussy dont j’aie retrouvé le nom. Le premier est sans doute l’un de deux frères jumeaux, François et Michel Mignot nés, le 3 juin 1645, de Michel, bourgeois de Thiers, coseigneur de Mondières, et de Françoise Delasaigne, et l’un et l’autre engagés dans l’état religieux eu 1668, ainsi que veut bien me l’apprendre leur arrière-petit neveu M. Antoine Guillemot.
(2) Pièces communiquées par M. le curé de Bussy.
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Je ne puis dire avec certitude quel était le degré de parenté de celui-ci avec Jacques et Françoise Arnaud. Deux de ses enfants portaient ces prénoms. Quoi qu’il en soit, il paraît résulter de la note que je viens de transcrire qu’il laissa des affaires embarrassées. Les biens donnés aux Grandmontains se trouvèrent-ils frappés d’hypothèques antérieures ou de substitutions? Les religieux furent-ils judiciairement évincés? ou leur retraite, motivée peut-être par l’insuffisance des revenus du couvent, fut-elle volontaire? C’est ce que je n’ai aucun moyen de décider, et sur quoi je souhaite que la découverte de nouveaux documents permette de faire la lumière.
Un point est certain toutefois, c’est que la maison et l’enclos du monastère à Bussy firent, à un titre quelconque, retour à la famille du fondateur.
Comme nous l’avons vu, celui-ci avait donné ses biens, par acte entre vifs, à Damien son fils, qui épousa Marie de Prandières. De ce mariage vint François-Antoine, bourgeois de Montbrison, mari de Claire Desilles et père de Marie-Aimée Arnaud, à qui échut la maison patrimoniale de Bussy, qu’elle porta à Gaspard Kupferschmidt de Vermont, bourgeois de Saint-Bonnet de Cray, son époux. Après elle, cet immeuble fut successivement possédé par Camille-Noël, puis par Marie-Elisabeth et Jeanne-Victoire de Vermont, leurs enfants, celles-ci mariées l’une à Gilbert Martin, de Marcigny, l’autre à Jean-Baptiste Dumas, de Mailly. De cette dernière descend M. Bouchetal, de la Valla, propriétaire actuel.
Il me reste à décrire sommairement la maison Arnaud et à signaler les rares témoignages de l’occupation des Grandmontains qu’un examen plus complet m’a permis d’y reconnaître. Cette description vient d’autant plus à son heure, que l’état de délabrement avancé des bâtiments permet de prévoir leur chute ou leur démolition prochaine.
L’entrée principale est au midi, sur la place publique. Un portail en plein-cintre, en grès, d’un dessin fort simple, mais de proportions élégantes, y donne accès dans une première cour qui renfermait jadis, à droite, un puits et plus loin un colombier, à gauche et le long de la route de Saint-Germain, un petit bâtiment contenant le four. Au fond s’élève le corps de logis principal, presque entièrement construit en pisé et de plan rectangulaire. Une tourelle d’escalier en saillie occupe le centre de la façade; la partie à droite de cette tourelle présente. deux étages de galeries en charpente, dont la supérieure est close, et l’inférieure repose sur de minces colonnes de pierre à huit pans. Une vaste cuisine en soir, une salle en retraite sur la galerie qui la précède, en matin, et deux pièces plus étroites par derrière (1) se partagent le rez-de-chaussée. Quatre chambres et un petit cabinet leur correspondent au premier étage. Au dessus, de vastes greniers. Les planchers d’un même étage sont à des niveaux différents, ce qui s’observe fréquemment dans les logis desservis par un escalier tournant. Celui de la maison Arnaud est en pierre jusqu’au premier étage et plus haut en madriers de bois massifs. Rien dans cet intérieur, accommodé bourgeoisement, quoique sans luxe, à la mode de la fin du siècle dernier, ne trahit le séjour qu’y ont fait pendant quelques années les religieux de Saint-Etienne de Grandmont. Évidemment, ils s’accommodèrent tant bien que mal de la disposition des lieux préexistante.
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(1) La partie qui renferme ces deux pièces est une addition de peu d’années postérieure à la construction primitive, qui fut ainsi doublée en profondeur
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La maison d’habitation est séparée, en nord, par une cour de service d’un second corps de bâtiments, aussi en pisé tombant de vétusté, qui sert aujourd’hui d’écurie, de grenier à fourrage et de grange. Cette dernière, qui occupe l’extrémité occidentale et touche la route de Saint-Germain, offre une particularité qui a frappé avec raison M. l’abbé David. Ses murs au nord et à l’est, les seuls anciens, ont été jadis finement enduits à la chaux sur toute leur hauteur. On peut même distinguer, sous la poussière dont ils sont incrustés, de faibles vestiges d’une décoration peinte. Enfin, une tradition veut qu’on ait autrefois dit la messe en ce lieu et il paraît qu’une figure de saint ou de sainte s’y voyait encore il y a peu d’années. Il est donc très vraisemblable que là était la chapelle du couvent, celle où le fondateur avait ordonné que son cœur fût déposé. Elle avait 10m 45 de longueur sur 6m 45 de large et environ 6m 20 de hauteur. Ainsi que je viens de le dire, les murs en nord et en matin sont seuls anciens. Ils ne sont percés d’aucune fenêtre. La chapelle devait donc être éclairée en midi et en soir, et il est fort possible que les vides pratiqués à cet effet aient accéléré la chute des murs à cette exposition.
Je suis disposé à reconnaître le portail principal de la chapelle dans celui s’ouvrant aujourd’hui de la cour sur la place publique et qui semble avoir été apporté d’ailleurs au lieu qu’il occupe. Le style est bien celui du milieu du XVIIe siècle et la largeur, deux mètres, trop faible pour une porte cochère, trop forte pour une porte bâtarde, convient en revanche parfaitement à l’entrée d’un édifice religieux. Il est probable que dans la repose les pieds-droits ont été diminués d’une assise : il ne resterait pas, dans l’état actuel, une hauteur suffisante pour les vantaux au dessous d’un tympan en menuiserie dont certains détails font soupçonner l’existence.
Le bâtiment faisant suite en matin à la chapelle est coupé par un plancher et renfermait des appartements aussi crépis et blanchis à la chaux. L’étage supérieur a l’apparence d’un grenier à grains; mais je n’oserais faire d’hypothèse sur sa véritable destination, non plus que sur celle des pièces pouvant exister au rez-de-chaussée, à l’époque où ce corps de logis dépendait du monastère.
J’ignore si la communauté posséda, pendant sa courte existence, un cimetière qui lui fût propre.
Un jardin assez vaste au levant et une grande pièce de terre au nord, le long de la route de Saint-Germain, complétaient le domaine des religieux, qui paraît avoir eu une contenance totale d’environ 17.000 mètres carrés (1), sauf le plus dans le cas où la famille Arnaud en aurait aliéné quelque partie depuis qu’elle en était redevenue propriétaire. Jusqu’à la fin du siècle dernier, une vigne comprise dans la grande terre dont je viens de parler a porté le nom de Vigne des Pères. L’acte de fondation nous apprend que le monastère possédait en outre, en dehors de Bussy, un bois taillis au quartier de Vallières, mais la contenance n’en est pas indiquée.
Une dernière remarque pour terminer. Dans les notes rassemblées par La Mure en vue de sa Topographie historiale du Forez, le couvent des Grandmontains de Bussy, fondé en 1663, est cité à trois reprises différentes. Cela prouve que, dans les dernières années de sa vie, La Mure continuait à travailler à cette topographie, dont il avait conçu le dessein depuis longtemps, car elle est annoncée dans son Projet de l’histoire du pays de Forests, 1655, comme devant couronner ses recherches sur notre province.
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(1) Cadastre de Bussy. Section B, nos 1 à 6.
Référence : 24 P.30à49
Thème 1 : biographie
Thème 2 : Archives
Lieux : Bussy
Référence : 5 P.194à216
Thème 2 : Bibliothèque
Lieux : St Etienne de GrandMont
Référence : 17 P.159à199
Thème 2 : Architecture
Lieux : Charlieu
Référence : 34 P.91à97
Thème 1 : Lapidaire
Thème 2 : Archéologie
Lieux : Cherier
Référence : 35 P.153à158
Thème 2 : Archéologie, architecture
Lieux : Montbrison
Référence : 39 P.189à190
Date : 1965
Thème 1 : protection
Lieux : St Rambert
Référence : 9 P.337-338
Thème 2 : Architecture
Lieux : Blesle (Hte loire)
BD, Tome V, Le Parc du Roi à Montbrison. – Communication de M. Joulin., pages 331 à 342, La Diana, 1890.
Le Parc du Roi à Montbrison. – Communication de M. Joulin.
M. Joulin donne lecture de la note suivante :
« Notre savant confrère, M. A. Barban, a donné dans le Recueil de la Diana (1) d’intéressants détails sur le tènernent de terrain appelé d’abord le Clos de Montbrison, puis le Parc du Roi, et sur les agrandissements successifs de ce domaine depuis 1322 jusqu’à 1688, époque à laquelle le sieur Etienne Pierrefort s’en rendit adjudicataire.
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(1) Recueil de Mémoires publié par la Société de la Diana, tome III p. 174 à 182
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Quelle était la contenance de ce parc ? Nous ne l’avons pas trouvée dans le travail de M. Barban, mais grâce à la très aimable complaisance de notre confrère, M. Georges Levet, député de la Loire, il sera peut-être possible de la déterminer approximativement et de suivre jusqu’à nos jours la transmission de cette propriété, dont la plus grande partie lui appartient aujourd’hui et dont il a bien voulu nous confier les titres, en nous autorisant à les communiquer à la Diana.
Et d’abord la vente faite par Louis XIV, le 29 mai 1688, devant Charles Legrand et Antoine Lemoyne, notaires au Châtelet de Paris, au sieur Etienne Pierrefort, bourgeois de Montbrison, de la place du vieux château et Parc du Roi à Montbrison. Nous reproduisons cet acte en entier, car il fait voir comment sont définitivement sortis du domaine public, non seulement le jardin et l’enclos de plaisance des comtes, mais encore leur vieille demeure féodale à laquelle s’attachaient tant de souvenirs.
Pardevant Charles Legrand et Antoine Lemoyne, notaires du Roy au Chastelet de Paris, soussignez.
Furent présens messire Henry Pussort, chevalier, conseiller ordinaire du roi en ses conseils et en son conseil royal des finances, demeurant rue Neuve-Saint-Honoré, parroisse Saint Roch ; messire Claude Le Peletier, chevalier, conseiller ordinaire du roy en ses conseils et en son conseil royal des finances, Président à mortier au Parlement, ministre d’Etat, controlleur général des finances, demeurant Vieille-Rue du Temple, parroisse Saint-Gervais; messire François d’Argouges.chevalier, conseiller du roi en tous ses conseils et en son conseil royal des finances, demeurant rue Neuve-Sainte-Catherine, parroisse Saint-Paul ; messire Michel Le Peletier, chevalier, conseiller d’état ordinaire et intendant des finances, demeurant rue de la Perle, paroisse Saint-Gervais ; messire François Le Tonnelier de Bretteuil, chevalier, aussy conseiller d’état ordinaire et intendant des dittes finances, demeurant rue du Grand-Chantier, parroisse Saint-Jean-en-Grève, et messire Louis Philipeaux de Pontchartrain, chevalier, conseiller du roy en ses conseils et intendant des finances, demeurant rue Saint-Thomas du Louvre, parroisse de Saint-Germain de l’Auxerrois, au nom et comme procureurs spéciaux et ayant charge expresse de Sa Majesté par lettres patentes données à Versailles ce troisième may mil six cent quatre-vingt sept, portant pouvoir aux seigneurs commissaires de passer les contrats d’aliénation et délaissements à perpétuité des domaines sujets à réparations employez dans les états arrêtez au conseil, suivant les adjudications qui en ont été ou seront faites pardevant messieurs les intendants ou commissaires départis dans les provinces et généralités du royaume, en conséquence de l’arrest du conseil du vingt-trois juillet mil six cent quatre-vingt six et des commissions qui leur ont été adressées ; la teneur desquelles lettres patentes sera insérée en fin des présentes, d’une part. Et maître Marc Lemoyne, advocat ès conseils du roy, demeurant rue du Temple, parroisse de Saint-Nicolas des Champs, au nom et comme fondé de procuration de maître Etienne Pierrefort, bourgeois de la ville de Montbrison, y demeurant, passée pardevant Duby et Challay, notaires royaux résidant audit Montbrison, le troisième jour de février dernier, laquelle est demeurée annexée à la minutte des présentes après avoir été paraphée [en présence] dudit sieur Lemoyne par lesdits notaires soussignez à sa réquisition, d’autre part.
Disant lesdits seigneurs commissaires que le Roy ayant ordonné, par ledit arrest du vingt-trois juillet mil six cent quatre-vingt six, qu’en exécution des édits des mois d’avril mil six cent soixante et sept aoust mil six cent soixante et neuf et de la déclaration du six avril mil six cent soixante et douze, vérifiez où besoin a été, il seroit procédé à la vente et aliénation à titre de propriété incommutable et délaissement à perpétuité des moulins, fours, pressoirs, étangs, halles et autres bastimens et édifices dépendans de ses domaines, sujets à réparations, employez dans les états arrêtez au Conseil, et à la charge de tenir lesdits domaines aliénez en fief, foy et hommage ou en censive de Sa Majesté, d’en payer les proffits féodaux ou loz et ventes aux mutations, suivant les coutumes des lieux, et en outre sous la charge d’une redevance annuelle proportionnée au prix porté par les baux et aux despenses à faire par estimation pour les rétablir et entretenir en bon état ; ordonné qu’à cet effet et à la diligence des receveurs généraux du domaine établis dans lesdites provinces et généralités, les publications nécessaires seroient faites et affichées et apposées dans les lieux et en la manière portée dans ledit arrest, et qu’il seroit procédé aux adjudications desdits domaines avec l’observation des formes en tel cas requises et accoutumées, et au plus offrant et dernier enchérisseur, pardevant messieurs les intendans ou commissaires départis dans les dites provinces et généralités du Royaume, pour les procès-verbaux desdites adjudications être par eux envoyez audit seigneur Le Peletier, controlleur général des finances, et sur iceux être passés contrats de vente et d’inféodation par les seigneurs commissaires du conseil qui seront à cet effet nommez par Sa Majesté, et les contrats être délivrés aux adjudicataires ou renvoyez sur les lieux pour leur être remis.
Sa Majesté auroit aussi ordonné par ledit arrest qu’outre les rentes et redevances dont les dits domaines sont chargés par les adjudications, les acquéreurs seroient encore tenus de payer le sol pour livre du principal de la vente qui seroit évaluée sur le pied du denier vingt ; lequel sol pour livre seroit payé ez mains desdits receveurs généraux du domaine ou autres qui seroient commis, pour être employé aux frais des publications, affiches, adjudications, expéditions des contrats qui, moyennant ce, seroient expédiez et délivrez aux dits acquéreurs, sans autres frais que dudit sol pour livre. En conséquence duquel arrest il auroit plu à Sa Majesté de faire expédier les dites lettres patentes dudit jour troisième may mil six cent quatre-vingt sept, portant pouvoir aux dits seigneurs commissaires de passer les dits contrats d’alliénation sur les procès-verbaux d’adjudications qui ont été et seront faits et envoyez par lesdits sieurs intendants et commissaires départis.
C’est pourquoy et après qu’il est apparu auxdits seigneurs commissaires de l’adjudication de la place du vieux chasteau et parc du Roy à Montbrison, fait le vingt-deux septembre mil six cent quatre-vingt sept par messire Pierre de Bérulle, chevalier, seigneur et vicomte de Guiencourt, conseiller du roy en ses conseils, maistre des requestes ordinaire de son hôtel, commissaire à ce député, à maître Benoît Morin, procureur ez cour de Lyon, pour son amy élu ou à élire, à la charge de payer la somme de deux cent dix livres de redevance annuelle et perpétuelle pour chacune année, en un seul payement, ez mains des receveurs ou fermiers du domaine, outre le sol pour livre du principal de la dite rente, de convertir ledit parc du Roy en terres, prez ou jardinage, et les entretenir en si bon état que ladite redevance y puisse être facillement perceue, et encorre de tenir les dittes places du château et parc de Montbrison en fief, foy et hommage de Sa Majesté et en payer les profits féodaux suivant l’usage du pays de Forets, pour en jouir à l’avenir à titre de propriété incommutable, à commencer du premier janvier mil six cent quatre-vingt huit, le tout suivant et ainsi qu’il est plus au long porté par ledit procès-verbal d’adjudication contenant aussi la déclaration dudit maître Benoist Morin, procureur, au proffit dudit Etienne Pierrefort qui a accepté ladite adjudication et fait les soumissions requises, et est le dit procès-verbal demeuré à la minutte des présentes et sera inscrit en fin d’icelle ; comme aussy après qu’il est apparu auxdits seigneurs commissaires de l’état arresté au Conseil ce trois may mil six cent quatre-vingt sept des domaines que Sa Majesté auroit ordonné être vendus et aliénez en ladite généralité de Lyon, dans lequel état la place du vieux château de Montbrison est employée avec le pare dudit lieu, les dits seigneurs commissaires, en vertu desdits édits des mois d’avril mil six cent soixante sept, aoust mil six cent soixante et neuf, déclaration du six avril mil six cent soixante et douze, arrest du vingt-trois juillet mil six cent quatre-vingt six, et du pouvoir à eux donné par Sa Majesté par lesdittes lettres patentes dudit jour troisième may mil six cent quatre-vingt sept,
Ont vendu, cédé, délaissé et transporté, et par ces présentes vendent, cédent et délaissent et transportent à tousjours, et promettent au nom de Sa Majesté guarantir de tous troubles et empêchemens, audit Etienne Pierrefort, bourgeois de Montbrison absent et acceptant par ledit maître Marc Lemoyne, avocat, en vertu de ladite procuration, ladite place du vieux chasteau de Montbrison et le parc du Roy audit lieu, pour en jouir par ledit acquéreur, ses hoirs, successeurs et ayant cause à perpétuité et à titre de propriété incommutable, ainsy que de leurs autres biens propres et patrimoniaux ou d’acquêts, en la manière qu’ils jugeront à propos et tout ainsy que Sa Majesté en a cy-devant jouy ou pu jouir, à commencer ladite jouissance dudit premier janvier de la présente année mil six cent quatre-vingt huit.
Ces présens vente, cession, transport et délaissement faits par lesdits seigneurs commissaires à la charge de tenir par ledit acquéreur, ses hoirs et ayant cause, ladite place du château et parc du Roy de Montbrison en fief, foy et hommage de Sa Majesté, à cause de son domaine et châtellenie dudit Montbrison ; d’en payer les profits féodaux aux mutations suivant l’usage de la dite châtellenye et pays de Forest ; plus de payer en la ville de Lyon, ez mains du receveur général desdits domaines en ladite généralité ou des fermiers des domaines, ainsy qu’il sera ordonné par Sa Majesté, sçavoir, par chacune année à perpétuité, ladite somme de deux cent dix livres de redevance annuelle et perpétuelle, dont la première en payement écherra à pareil jour et feste de Noël de l’année présente, et ainsy continuer d’année en année, à perpétuité, à pareil jour, et encorre la somme de deux cent dix livres pour une fois seulement, faisant le sol pour livre, pour les frais des publications, adjudications et du présent contrat de vente et expédition d’iceluy, lors de la délivrance qui en sera faite audit acquéreur ; plus de convertir ledit parc du Roy en terres, prez ou jardinage, et les entretenir à l’advenir en bon et suffisant état, en sorte que ladite redevance y puisse être aisément perçue par chacun an ; acquitter toutes les charges auxquelles les dittes places et parc peuvent être affectées, et généralement satisfaire à toutes les autres clauses et conditions portées par ladite adjudication. A l’exécution de ce que dessus, ladite place du vieux château de Montbrison et parc dudit lieu demeureront par privilège et hypothèque spécial affectez, obligez et hypothéquez, et outre, ledit sieur Lemoyne, advocat, en vertu de ladite procuration y a, audit nom, obligé tous les biens meubles, immeubles, présens et à venir dudit sieur acquéreur. Et ont les dits seigneurs commissaires consenty et accordé pour Sa Majesté que ledit acquéreur, ses procureurs ou fermiers soient mis en possession réelle et actuelle des susdites places et parc présentement cédez et sans qu’il soit besoin audit acquéreur de prendre autres lettres de ratification dudit présent contrat que lesdites lettres patentes du trois may mil six cent quatre-vingt sept, par lesquelles Sa Majesté, auroit, dès lors et en tant que de besoin seroit, ratifié, confirmé et autorisé les contrats qui seront faits en vertu desdites lettres. Promettans lesdits seigneurs commissaires, pour et au nom de Sa Majesté, tant pour elle que pour ses successeurs Roys, et ledit sieur Lemoyne en vertu de ladite procuration, sous l’obligation de tous lesdits biens présents et à venir dudit acquéreur, d’exécuter et entretenir les choses et conditions susdites, sans jamais y contrevenir. Et a ledit Lemoyne fait élection de domicile pour ledit acquéreur en la ville de Lyon, en la maison dudit maistre Benoît Morin, procureur, auquel lieu, etc. nonobstant, etc. renonçant, etc. Fait et passé à Paris, à l’esgard desdits seigneurs commissaires en leurs hôtels cy devant déclarez, et pour ledit sieur Lemoyne, advocat, estude desdits notaires soussignez, l’an mil six cent quatre-vingt-huit, le vingt-neuvième jour de may, et ont signé la minutte des présentes demeurée audit Lemoyne notaire.
A la suite sont transcrites les pièces annexées à l’acte de vente :
1° Lettres patentes de Louis XIV ordonnant la vente des moulins, fours, pressoirs, halles, étangs et autres bâtiments et édifices dépendant du domaine royal sujets à réparation. Versailles, le 3 mars 1687.
2° Procuration donnée par Etienne Pierrefort, bourgeois de Montbrison, à Marc Lemoyne, avocat ès conseils du Roi, reçue Challay et du By, notaires royaux à Montbrison, 3 mai 1688.
3° Procès-verbal de l’adjudication aux enchères publiques, des immeubles dont il s’agit, tranchée à Lyon au profit d’Etienne Pierrefort, bourgeois de Montbrison, pardevant Pierre de Bérulle, intendant de la généralité de Lyonnais, Forez et Beaujolais, 3 septembre 1687.
Malgré sa longueur, l’acte ne donne aucune indication de contenance. Le parc du Roi était sans doute assez connu pour que les notaires crussent inutile de la mentionner.
Je fais passer sous vos yeux un plan dressé en 1772 par un sieur Bautrand « du tènement du parc, contenant 180 cartonnées 3/4, à raison de 1000 pas de 2 pieds 9 pouces la cartonnée, appartenant à monsieur et madame (mot gratté), le dit tènement à eux abénevisé par Sa Majesté qui le tenait des comtes de Forest ».
En 1772, un petit nombre de constructions avaient été élevées sur le parc ; une bande de terrain avait été abénevisée à diverses personnes, les sieurs Portier, Falconet, Imbert, Guy Basset, Baurdon, Brunet, Durand Roze, Chantelauze, héritiers de Marcilly, Latanery, Pallay, qui en avaient fait des jardins.
La caserne existait depuis 1730 (1). La surface seule de cette dernière, environ 7320 mètres, est à ajouter aux 180 cartonnées 3/4 annoncées. Cela résulte d’une vérification directe faite sur le plan et aussi de sa comparaison avec celui du cadastre. Les 180 cartonnées 3/4 du premier réduites en mesures métriques valent quatorze hectares quarante-deux ares quarante centiares et, avec les soixante-treize ares vingt centiares de la caserne, nous avons une superficie de quinze hectares quinze ares soixante centiares. Le cadastre donne quatorze hectares quatre-vingt-dix-sept ares trente centiares. La différence n’est que 1830 mètres et peut être considérée comme négligeable.
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(1) La caserne a été construite avec les fonds de l’imposition ordinaire de l’Etape non consommés chaque année par le passage des troupes dans les provinces de Lyonnais, Forez et Beaujolais (Archives du Génie, à Montbrison).
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Le plan cadastral de la commune de Montbrison contient une section, (section D) dite du Parc; c’est exactement la reproduction du plan de 1772.
Les routes et chemins tracés sur celui-ci s’y retrouvent. Un seul, le chemin de Mission qui coupait de l’est à l’ouest le parc du Roi, n’a pas conservé sa dénomination. La croix indiquée sur le plan de 1772 à côté de ce chemin, et qui lui avait donné probablement son nom, a disparu et nous n’avons pu savoir à quelle époque ni à quelle occasion elle avait été érigée.
Par un registre d’insinuation de 1741 à 1742, aux Archives de la Loire (1), nous savons que dame Marie-Anne Nicolas, veuve de David Dubost, capitaine dans le régiment de Villecaire, infanterie, fit donation à Léon-Charles Dubost de Curtieu, lieutenant d’infanterie, son neveu, entre autres biens, d’un tènement de terres et prés appelé Le Parc, situé contre les casernes de Montbrison, tous lesdits biens provenant de la succession de Pierre Pierrefort.
Sonyer du Lac nous apprend que le Parc du Roi à Montbrison était en 1743 la propriété de la dame Chirat, épouse de Georges-Antoine Sylvestre de la Noërie, écuyer, fils de Georges-Antoine Sylvestre de la Ferrière, secrétaire du Roi (2).
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(1) Chaverondier, Inventaire sommaire des Archives de la Loire, B. 160.
(2) D’Assier de Valenches, Les fiefs, de Forez, d’après le manuscrit inédit de Sonyer du Lac, pages 148 à 150. M. d’Assier ajoute au texte de Sonyer du Lac la note suivante :
« Nous rappellerons ici que, lors de la prise de Montbrison par le baron des Adrets, en 1562, ce fut dans le Pare que s’établit le farouche assaillant.
C’est de là qu’il fit brèche avec son artillerie dans le mur d’enceinte, en face du cloître et de l’église Notre-Dame. Le petit coteau qui touche au boulevard dans cette partie favorisait les assiégeants, qui se signalèrent, à l’instigation de leur chef, par de si horribles cruautés ».
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Aux termes d’un acte sous seing privé du 14 mai 1797, déposé le 2 pluviôse an XIII en l’étude de Désarnaud, notaire à Montbrison, Gaspard-Irénée Silvestre Delanoërie, propriétaire à Montbrison, vendit à Claude Déporte, aussi propriétaire à Montbrison, « le tènement appellé le Parc consistant en terre, et pré audit lieu, commune de Montbrison, joignant de matin la cazerne, une place entre d’eux, le grand chemin de Montbrison à Moingt, de midi l’enclos de M. Chavassieu, de soir le chemin tendant de la porte d’Ecotay à Moingt, les jardins de la citoyenne Lanoërie, Sauvade, Fouret, Basset et autres, et encore le jardin du Sr Latanerye, le jardin cy après vendu, celui de Palay aussi de soir, ledit tènement coupé par un chemin appelé de Mission; duquel tènement sont exceptés les soixante-douze pieds quarrés que ledit Lanoërie a vendu par acte reçu Bourboulon sous sa date ».
« Plus un jardin, grange, écurie et grenier cy dessus rappellé, et ce moyennant le prix et somme savoir : pour le tènement appelé le Parc de neuf mille livres, et pour le jardin et grange celle de trois mille livres etc.
« La présente vente faitte sous la condition en outre de demeurer chargé de la part dudit Déporte, acquéreur, envers la nation de la redevance annuelle de deux cent dix livres imposée sur ledit tènement du Parc, à la forme du contrat passé aux auteurs de moi Delanoërie… »
Dans cette vente, les limites sont pour la première fois nettement indiquées, mais il n’est pas question de la contenance.
Suivant acte du 29 prairial an XIII, reçu Franchet et Tison-Désarnaud, notaires impériaux à Montbrison, Claude Déporte, propriétaire à Montbrison, vendit à M. Joseph Levet, docteur en chirurgie à Montbrison, « partie du tènement de terre, appelée le Parc, à lui appartenant, situé près cette ville de Montbrison, laditte partie de la contenance d’environ trois cent quarante deux ares cinquante centiares (trente cinq métérées, ancienne mesure), en ladite partie de tènement compris un pré : icelle joignant d’orient les casernes de cette ville, une place vaccante entred’eux, de midi le chemin dit de la Mission, montant des casernes au dessus du Parc, de soir et par un contour le surplus dudit tènement non vendu, un fossé qui sera mitoyen entre d’eux, ledit fossé partant dudit chemin de la Mission jusqu’à une baraque appartenant aux héritiers Pallay, ladite baraque joignant le jardin du vendeur, encore de soir ledit jardin et la grange du vendeur et celui des héritiers Latanerye, et de nord le jardin du nommé Duchez, celui du nommé Crozet, dit Bouillau, celui de l’acquéreur, celui de M. Durand médecin, celui de la dame Grubis, celui des héritiers Falconet, celui du sieur Siome,eelui de la demoiselle Delanoërye et le cimetière de l’hospice des malades (1), sauf autres et plus vrais confins, etc.
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(1) Le cimetière indiqué sur le plan de 1772 n’existe plus (1890). A sa plaçe est la maison Braly, boulevard Lachèze n° 30.
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« La présente vente consentie et acceptée pour et moyennant le prix et somme de onze mille cent soixante-huit livres qui a été présentement payé, etc.
« Et attendu que sur la totalité du tènement du Parc il est dû au gouvernement une rente ou redevance annuelle de deux-cent dix francs, laquelle rente reste en entier à la charge du vendeur,……… le vendeur affecte et hypothèque spécialement le surplus non vendu dudit tènement du Parc…… Ainsy convenu, etc »
Suivant adjudication reçue Desarnaud, notaire, le 20 mars 1899, M. Joseph Levet acquit encore des héritiers du même Claude Déporte, au prix de 3.800 francs : 1° un corps de bâtiment composé d’une grange, écurie, chambre au dessus ; plus un jardin de 9 ares 26, au faubourg de la porte d’Ecotay, commune de Montbrison ; 2° une terre dite la Côte, dépendant du tènement appelé le Parc, à Montbrison, de 1 hectare 90 ares 96 centiares ; 3° 46 ares 80 centiares de terre, la Brûlée, située audit tènement du Parc. Ces trois tènements forment une contenance totale de 2 hectares 47 ares 2 centiares.
Enfin, le 22 avril 1823, pardevant Bourgade, notaire, les consorts Durand vendirent à M. Joseph Levet « un jardin clos de mur, où sont deux loges sous l’une desquelles est une serre, contenant environ neuf perches et demie ou une métérée, situé sur le boulevard des cazernes de Montbrison, moyennant 2.000 francs ».
Aujourd’hui, toute la partie joignant le boulevard Lachèze d’un côté, la montée de la Caserne de l’autre, est bàtie ; mais il reste encore à M. Levet, soit en parc, soit en y comprenant la grande terre des Brûlées acquise vers 1846, 11 hectares 30 ares 38 centiares, environ les trois quarts de la contenance du Parc en 1688.
Référence : 5 P.331À342
Thème 1 : PARC
Lieux : MONTBRISON
Référence : 43 P.121-122
Thème 2 : Bibliothèque
Lieux : Lyonnais
Référence : 26 P.89à99
Thème 2 : Architecture
Lieux : St Etienne le Molard
Thème 1 : mosaïque, plan
Thème 2 : Architecture
Lieux : St Etienne le molard
Référence : 41 P.31à45
Thème 2 : Bibliothèque
BD, Tome V, Le peintre Louis de Bellange. – Communication de M. Vincent Durand., page 246, La Diana, 1890.
Le peintre Louis de Bellange. – Communication de M. Vincent Durand.
La Société n’a pas oublié l’intéressante communication de M. Henry Gonnard sur les anciens artistes foréziens. J’ai trouvé dans un titre du 29 janvier 1619, contenant accord entre Marie de Neuville, femme et fondée de pouvoirs de Jacques II d’Urfé, et les mariés Bonnet dont les biens avaient été saisis pour arrérages de cens, ledit accord passé à Saint-Just-enChevalet et reçu Dubost, notaire (1), le nom d’un autre artiste, Louis de Bellange, peintre, qui intervient comme témoin à l’acte avec Claude Allaigre, secrétaire d’Anne d’Urfé prieur de Montverdun. Je n’oserais affirmer que ce Louis de Bellange fût d’extraction forézienne ; quoi qu’il en soit il me paraît utile de signaler sa présence dans notre pays, où il travaillait peut-être pour la famille d’Urfé.
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(1) Ce titre fait partie du cabinet de M. le vicomte de Meaux.
Référence : 32:55,2
Thème 2 : Bibliothèque
Référence : 26:55,1
Thème 1 : biographie
Lieux : Marlhes
Référence : 57 P.29à56
Thème 1 : biographie
Thème 2 : Bibliothèque
Lieux : Forez, orient
Référence : 31 P.1à35
Thème 2 : Archives
Lieux : Forez
Référence : 46 P.281à300
Thème 2 : Archives
Lieux : Verrieres
Référence : 46 P.313à332
Thème 2 : Archives
Lieux : Verrières
Référence : 46 P.371à389
Thème 2 : Archives
Lieux : Verrières
Référence : 47 P.19à34
Thème 2 : Archives
Lieux : Verrières
Référence : 37 P.12à27
Thème 1 : poids
Thème 2 : Archives
Lieux : Forez
Référence : 50 P.211à216
Thème 1 : pont, reparation
Thème 2 : Archives
Lieux : Montbrison
Référence : 24 P.378à389
Thème 1 : plan
Thème 2 : Architecture
Lieux : Ecotay, Auvergne
Référence : 44 P.368à386
Thème 1 : pont
Lieux : Vérines
Référence : 21 P.182à190
Thème 1 : pont
Lieux : St Marcellin
Référence : 42 P.19à22
Thème 1 : Lapidaire
Thème 2 : Architecture, archeologie
Lieux : La cote en Couzan
Référence : 7 P.341-342
Thème 2 : pictural
Lieux : St Marcel les Félines
Référence : 57 P.105à111
Thème 2 : pictural
Lieux : Montbrison, La Diana
Référence : 29 P.11à48
Thème 2 : Architecture, archives
Lieux : Veauche
Référence : 22 P.166à169
Thème 2 : Archives
Lieux : Montverdun
Référence : 11 P.140à152
Thème 2 : Archives
Lieux : rhône
Référence : 18 P.337à339
Thème 2 : Archives
Lieux : St Etienne
Référence : 40 P.307à336
Thème 2 : Archives
Lieux : St Etienne le Molard
Thème 2 : Bibliothèque, archives
Lieux : Lyonnais
Référence : 29 P.208à210
Thème 2 : Archives
Lieux : Forez
Référence : 50:55,4
Thème 1 : registres paroissiaux
Thème 2 : Archives
Lieux : St Bonnet le Château
Référence : 40 P.339à349
Thème 1 : Armorial
Thème 2 : Architecture
Lieux : Pommiers en Forez
Référence : 51 P.539à553
Thème 2 : Archives
Lieux : Montbrison
Référence : 58 P.79à94
Thème 1 : sculpture, objet de culte, restauration
Thème 2 : Architecture
Lieux : Veauche
Référence : 51 P.115à119
Thème 1 : mobilier
Lieux : Beauvoir
Référence : 21 P.280à284
Thème 1 : mobilier
Lieux : St Etienne
Référence : 25 P.191à195
Thème 1 : théatre
Lieux : Montbrison
Référence : 39 P.139à142
Thème 1 : généalogie